le blog de Magali

12 mai 2006

Mines antipersonnel: le salaire de la peur

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La conférence de Nairobi a fait le point sur léapplication de la Convention d'Ottawa qui interdit l'emploi, le stockage, la production et le transfert des mines antipersonnel, un texte qui encadre également leur destruction. Malgré cette convention, nombre de pays continuent de subir les effets de la dissémination de ces armes dont les victimes sont principalement les populations civiles. C'est notamment le cas du Cambodge où l'on assiste depuis le début 2004 à une recrudescence des accidents dus aux mines antipersonnel et aux munitions non explosées. C'est l'augmentation du cours mondial de l'acier qui conduit les populations les plus pauvres  à tenter de récupérer les engins pour les revendre, au poids de la ferraille, en Thaïlande.

Une joie de courte durée

Pourtant, entre 1996 et fin 2003, le nombre d'accidents provoqués par les mines antipersonnel et les explosifs a progressivement diminué. On se réjouissait déjà de ces bons résultats, dus sans doute aux campagnes d'information sur le danger de ces engins de la mort, et au nombre croissant de parcelles déminées jusqu'à  ce que, tout d'un coup, à partir de janvier 2004, le nombre de victimes fasse un bond de plus de 30% par rapport à 2003.

Les autorités cambodgiennes en charge du déminage ont mis quelques mois pour comprendre ce phénomène. La réponse se trouve sur le marché du recyclage du métal, très développé en Thaïlande. De nombreux intermédiaires achètent du métal au Cambodge et le paient au kilo, selon le cours de l'acier. Or, ces derniers mois, le cours mondial de l'acier a grimpé (50% en 2003, +20% au premier semestre 2004) et les chasseurs de métal, villageois, adultes et enfants, ont pris plus de risques, jusqu'à tenter de déterrer des explosifs qui représentent un bon poids.

Plus de deux victimes par jour au Cambodge

Les autorités n'ont compris le problème qu'en avril et ont déclenché des opérations à  l'encontre des intermédiaires en menaçant de confisquer toute munition qu'ils rachèteraient. Ces menaces semblent avoir porté leurs fruits: le nombre d'accidents a diminué drastiquement depuis le mois de mai. Ce phénomène révèle encore une fois l'extrême pauvreté des populations rurales cambodgiennes qui risquent leur vie pour nourrir leurs familles. La plupart des accidents dus aux mines ou aux explosifs se produisent dans les champs. Suon Rem, une jeune femme de 25 ans, a perdu ses deux jambes en juillet 2003 en sautant sur une mine, à 150 mètres de sa maison, alors qu'elle se rendait sur sa plantation. Pao Rim, un jeune homme de 20 ans, a perdu sa jambe gauche alors qu'il ramassait du bois, le 20 avril 2004.

Au Cambodge, plus de quinze ans après la fin de la guerre, les mines et les munitions non explosées font plus de deux victimes par jour. Plus de 30 000 personnes sont mutilées. Ce pays en proie à plus de trente années de guerre est l'un des plus minés au monde (plus de six millions de mines), avec l'Angola, le Mozambique, l'Afghanistan et la Colombie. Le Centre cambodgien d'action anti-mines (CMAC) estime que depuis 1992, seulement 8% des zones contaminées au Cambodge ont été nettoyées.

A leurs risques et périls

District de Samloth, à 80 kilomètres de la très grande ville de Battambang, à  l'ouest du pays: une des nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) présentes au Cambodge démine un champ. Dans cette région, les terres sont fertiles mais très minées. Depuis 1999, plus de 300 000 réfugiés reviennent de Thaïlande et, faute de terres disponibles dans les zones déminées, s'installent avec leurs familles, à leurs risques et périls, de plus en plus près de la frontière thaïlandaise, sur ces terres contaminées et données par les autorités locales qui sollicitent les organisations de déminage. Pao Da Rassmei de l' Ong Mag (Mines advisory group) reconnaît qu'" il leur faudra plus de trois mois pour déminer cette parcelle de 17 000m2. Un travail de fourmis, réalisé ici par des équipes de femmes. La plupart de ces démineuses ne travaillent pas ici par choix mais parce que le salaire y est 8 fois plus élevé que le salaire de base.

Les paysans démineurs

A côté de la parcelle, des maisons sont construites sur la zone à risque. Souvent, les paysans s'improvisent démineurs car ils n'ont pas le temps d'attendre les opérations de nettoyage. C'est à l'Ouest que se produisent la plupart des accidents. Le CMAC a été appelé il y a quelques mois pour vérifier un champ déminé par des villageois, dont quatre ont été tués et sept autres blessés. Ils avaient trouvé 400 mines sur leurs parcelles. Le CMAC a vérifié le champ et en a trouvé 53 autres. Une fois par mois, des volontaires de la Croix-Rouge cambodgienne rassemblent les villageois de la commune de Samloth pour une campagne d'information sur le risque des mines et des munitions non explosées qu'ils peuvent trouver à tout moment dans leurs champs. Les villageois et leurs enfants ont même inventé une chanson: ne joue pas avec les mines et les explosifs, attention il peut même y en avoir dans les arbres!

Samloth se trouve dans la région qui a constitué le camp retranché de Pol Pot et de ses Khmers rouges jusqu'en 1998. D'ailleurs, ici, de nombreux habitants sont d'anciens Khmers rouges. Beaucoup ont été blessés par des mines au cours d'opérations militaires. Les mines et les explosifs ont été disséminés par milliers, sans aucune carte, et aujourd'hui que la paix est revenue, ces engins continuent de tuer et de mutiler les populations civiles qui n'ont d'autre choix que de cultiver la terre.

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Cinq semaines aux côtés des orphelins du Cambodge

Journaliste à la rédaction ébroïcienne de La Dépêche, je suis rentrée en août 2004 d'une mission humanitaire en Asie.

Pendant cinq semaines, avec  d'autres volontaires, nous avons essayé de panser les plaies à l'âme de dizaines d'orphelins victimes de la guerre au Cambodge.

Retour sur cette aventure humaine inoubliable.

Orphelinat de Pursat, juillet 2004, 5 heures. Le soleil se lève dans la province située dans le nord-ouest du Cambodge, à deux cents kilomètres de Phnom Penh. Dans ce centre géré par l'association Enfants d'Asie-Aspeca, une nouvelle journée commence pour les cent trente jeunes. Après avoir avalé un bol de bouillie de riz (l'aliment de base de la population), Teri et ses camarades s'acquittent de leur première tâche de la journée, le nettoyage de la cour. Un rituel qui fait partie du quotidien au milieu des autres corvées (lessive, coupe de bois, entretien du potager), et auquel personne n'échappe. Au même moment, les plus petits aidés par l'une des grandes filles passent à la douche et s' aspergent avec une casserole de l'eau de pluie tombée pendant la mousson. Un moment de détente ponctué d'éclats de rires. Chronique d'un début de journée ordinaire. Ce sont les vacances pour les jeunes Cambodgiens mais la grasse matinée ne fait pas partie du vocabulaire. Mani, Sophara, Counti, Sam et les autres sont les héritiers de la guerre tragique qui a décimé le pays entre 1975 et 1979 (deux millions de morts et de disparus, soit un tiers de la population). Enfants de bourreaux khmers et de victimes sont aujourd'hui des milliers à cohabiter dans les centaines d'orphelinats du pays gérés par les ONG (Organisations non gouvernementales). Si certains étaient trop jeunes pour comprendre la folie humaine qui a poussé Pol Pot et ses sbires à massacrer des milliers de familles, les plus grands, eux, n'ont rien oublié. De leur histoire, ils ne laissent rien transparaître mais la tristesse dans les yeux de Pani, treize ans, en dit plus long que les discours. En réponse à cette guerre de l'absurde, les orphelins cultivent aujourd'hui la douceur et la solidarité entre eux. Fondée en 1991, l'association Enfants d'Asie-Aspeca (également présente au Laos, au Vietnam et aux Philippines) a ouvert ses portes aux jeunes défavorisés d'Asie du Sud-Est pour les aider à (re) construire leur avenir. Moins connue que Les Enfants du Mékong, la structure n'en est pas moins aussi active avec ses trente centres recensés sur le territoire et ses trois mille enfants parrainés. Un quart d'entre eux n'a plus de parents, 30% sont orphelins de père ou de mère, les autres appartiennent à des familles très pauvres et sont admis en tant qu'externes dans les orphelinats. En s'engageant auprès d'un filleul jusqu'à  son entrée dans la vie active, les parrains français offrent la possibilité à l'enfant de suivre une scolarité et de recevoir des cours. Même si l'école se limite à une demi-matinée ou une après-midi seulement par jour en raison du manque de classes et d'enseignants pour accueillir tous les enfants à plein temps. Achats de fournitures scolaires, de produits d'hygiène, argent de poche sont également octroyés par les directeurs locaux grâce à la contribution des parrains qui, au-delà du simple échange de correspondance tout au long de l'année, font parfois le voyage jusqu'au Cambodge pour venir rendre visite à leur filleul. Une expérience enrichissante qui permet de se frotter à une réalité souvent faussée vue de France. De l'extérieur, le chemin restant à parcourir pour effacer les heures sombres du génocide semble encore long. L'espoir repose sur tous les anciens filleuls devenus, à leur sortie des orphelinats, acteurs du développement (enseignants, médecins, guides, informaticiens...). A travers eux, c'est tout un pays qui commence à  renaître à la vie et qui retrouve son sourire.

> Pour obtenir des renseignements sur le parrainage d'enfants cambodgiens, contacter l'association Enfants d'Asie-Aspeca. 18, rue de la Pierre Levée- 75 011 Paris.  Site internet: www.aspeca.comcarte_du_cambodge

Posté par tazounet à 22:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]